Charia

La Charia – en arabe « le chemin à suivre » -, la loi islamique, est basée sur quatre sources: le Coran – parole divine pour les Musulmans -, la Sunna- la Tradition-, l’Ijma – consensus des juristes-, et les Qiyas – l’analogie avec les décisions antérieures lorsqu’il s’agit d’adapter la loi à des situations nouvelles. La coutume n’est pas admise officiellement comme source du droit mais par l’intermédiaire du Coran et de la Sunna qui véhiculent des coutumes préislamiques, nombre de ces éléments coutumiers ont été intégré dans le droit. Il y a deux positions doctrinales quant à la coutume: soit on admet l’observance de la coutume si elle ne contredit pas expressément la Loi; soit on admet l’observance de la coutume si la Loi y renvoie expressément.

La Charia a eu aussi recours à l’idjtihâd – en arabe « effort, application »- qui est la pratique de l’exégèse des sources pour en tirer des solutions légales et qui regroupe plusieurs principes méthodologiques. Depuis le 10ème siècle, l’opinion majoritaire des juristes musulmans a estimé que tout était dit en matière de droit et qu’il convenait d’arrêter la période d’idjtihâd (ce qu’on appelle la fermeture des portes de l’idjtihâd). L’école hanbalite -pourtant la plus conservatrice des écoles sunnites- et les chiites n’ont pas accepté cette interdiction de pratiquer l’exégèse des sources.

Les peines prévues par la Charia sont des punitions sévères qui n’ont pas pour but de réhabiliter l’individu mais de le punir publiquement pour décourager par cet exemple la répétition du délit. Ceci correspond à la nécessité dans laquelle se sont trouvées les premières sociétés musulmanes de sanctionner sévèrement les délits – vol, adultère, meurtre – pour éviter qu’ils provoquent d’interminables conflits familiaux ou tribaux bien plus couteux en vies humaines.

Le Coran et la Tradition mettent en garde de n’appliquer les peines qu’avec retenue et lorsque les faits sont absolument démontrés.

La colonisation de la plus grande partie du monde musulman par les puissances européennes a provoqué le remplacement de ce système à peu près partout, sauf dans la Péninsule Arabique, par des codes de lois pénales inspirés des traditions occidentales.

Après leur indépendance, nombre de pays musulmans ont précisé que la Charia devenait une des sources du droit national, si pas sa source unique, généralement sans réinstaurer les peines corporelles anciennement prescrites mais en maintenant le système de réclusion.

Certains ont plus récemment réinstauré les peines corporelles prévues, dans un souci politique de retour aux sources de l’Islam. C’est le cas de l’Afghanistan (1993), de l’Iran (1979), de l’Irak (1994), du Pakistan (1991) et du Soudan (1983). Parmi ces pays, l’Afghanistan a pourtant ratifié la « Convention contre la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants » (1984), entrée en vigueur en 1987, convention qui a été également signée par le Soudan.

Parmi les pays arabes, certains Etats, comme les Emirats Arabes Unis qui n’ont jamais connu d’autre code que la Charia, en limitent cependant l’application aux seuls Musulmans. D’autres, comme le Soudan qui l’a réinstaurée à l’époque du Général Nimeiri, prétendent l’appliquer à l’ensemble de leur population, quelle que soit sa religion.