Eglises Chrétiennes du Proche et du Moyen-Orient

Si le christianisme est né au Moyen Orient, c’est aujourd’hui une religion minoritaire en terre d’Islam (14 millions de chrétiens au Proche-Orient). La diversité des églises orientales trouve son origine dans des polémiques théologiques – concile d’Ephèse, 431, concile de Chalcédoine, 451 (1) – mais aussi dans des conflits politiques qui ont opposé les grandes villes de la chrétienté au Vème, VIème et VIIème siècle (Rome, Alexandrie, Antioche et Constantinople).

Pourtant, il y a eu des tentatives pour rétablir l’unité entre les églises catholique-romaine et orthodoxe (notamment, Concile de Lyon, 1274, et de Florence, 1439), mais elles n’ont pas débouché sur des résultats concrets. Certaines de ces tentatives aboutirent à la naissance des églises orientales catholiques.

l’Eglise latine a maintenu une présence au Moyen-Orient (surtout en terre Sainte) depuis des siècles surtout à travers l ‘envoi de prêtres, religieux et religieuses. Néanmoins, cette présence reste très faible.

Les divisions entre les chrétiens ont été un facteur non négligeable lors de la conquête musulmane dans la région au VIIième siècle. Les autorités musulmanes ont introduit le principe de la dhimma («protection» en arabe). Ce principe, définissait les droits et les devoirs des «Gens du Livre» dans la cité musulmane. En contrepartie, les autorités musulmanes garantissaient leur sécurité et la liberté religieuse. Cette situation va durer jusqu’au milieu du XIXième siècle. (voir Non-musulmans en terre de l’Islam)

Des dialogues informels entre les églises protestantes et orthodoxes du Proche Orient se sont déroulés depuis le début du XXième, et se sont intensifiés pendant les années 1960 et 1970. En mai 1974, le Conseil des Eglises du Moyen Orient a été fondé à Nicosie (Chypre). Les églises catholiques ont rejoint le Conseil en 1990.

I. Eglises orthodoxes

1. La «sainte Eglise apostolique catholique assyrienne de l’Orient»

Patriarche (siège théorique: Téhéran, Iran- résidence: Chicago, USA):  Mar Dinkha IV (1935, élu en 1976)

Effectif: 250.000 (dont 130.000 aux Etats-Unis, Canada et Australie, petite diaspora en Europe)

Cette Eglise rejette le concile d’Ephèse de 431 qui excommunia Nestorius (elle est appelée parfois église «nestorienne» mais elle-même rejette cette appellation). Elle se constitue progressivement en Eglise indépendante et connaîtra un grand élan missionnaire en Asie centrale, en Chine, au Tibet et en Inde. Les Assyriens furent victimes en 1917 de massacres dans les provinces orientales de la Turquie où ils vivaient en minorité depuis le XVIième siècle. La plupart se sont alors réfugiés en Irak où ils furent victimes de nouvelles persécutions en 1933. Beaucoup d’entre eux se sont ensuite exilé en Syrie (rives du Khabour) et aux Etats Unis. La controverse autour de la personnalité du patriarche a provoqué un schisme en 1964 (le patriarcat était héréditaire d’oncle à neveu depuis 1450). La mise à l’écart de la famille patriarcale a favorisé l’apaisement de ce conflit.

2.  « L’Eglise syrienne orthodoxe d’Antioche »

Patriarche Syrien Orthodoxe d’Antioche et de tout l’Orient (siège: Damas, Syrie): Mar Ignace Zakka Ier Iwas (1933, élu en 1980)

Effectif: 340.000 dont 150.000 en diaspora (Europe, Etats-Unis, Canada)

L’Eglise syrienne orthodoxe (que d’aucuns appellent aussi syrienne occidentale, monophysite ou jacobite) regroupe les chrétiens des patriarcats d’Antioche et de Jérusalem qui rejetèrent les décisions du concile de Chalcédoine (451). Elle représente aujourd’hui 17 % des 70 % de non-catholiques de Syrie (sur 10% de chrétiens) et se caractérise par la conservation du rite syriaque ; la langue syriaque est restée la langue liturgique et vernaculaire). Pendant la Première Guerre Mondiale, les Syriens orthodoxes de Turquie orientale furent, comme les Arméniens et les Assyro-Chaldéens, victimes de persécutions.

3. Eglise copte orthodoxe

Pape d’Alexandrie et Patriarche de la Prédication de Saint Marc et de toute l’Afrique (siège: Le Caire, Egypte):  Shenouda III (1923, élu en 1971)

Effectif: 3 à 11 millions (demi million en diaspora)

L’Eglise copte orthodoxe représente la quasi totalité des chrétiens d’Egypte. De 90% de la population en 451, les chrétiens d’Egypte n’en représentent plus qu’environ 10%. Les chrétiens restaient majoritaires bien après la conquête arabe (VIIième siècle) l’Islam s’instaurant largement seulement à partir de la fin du XIXième siècle. Une diaspora copte existe aux Etats-Unis, en Australie, en Europe, ainsi que dans les pays du Golfe. C’est un phénomène nouveau lié au phénomène islamiste et aux difficultés économiques du pays.

4. L’Eglise apostolique arménienne

L’Église arménienne est divisée en quatre juridictions :

  • Patriarche Suprême et Catholicos de tous les Arméniens (résidence: Etchmiadzin, République d’Arménie): Karékine II Sarkissian (1951, élu en 1999). Bien que les différents juridictions soient autonomes, l’ensemble des fidèles reconnaissent au Catholicos d’Etchmiadzin une primauté en tant que chef spirituel.

Effectif: 5,5 millions (dont 1,7 millions en diaspora en Iran, Irak, Inde, Égypte, Ethiopie, Europe, Etats Unis et Australie)

  • Patriarche arménien du Trône Apostolique de Saint Jacques de Jérusalem (résidence: couvent saint Jacques de Jérusalem) : Thorgom Manoukian (1919, élu en 1990). Le Patriarche est responsable des Lieux saints de Jérusalem qui appartiennent aux Arméniens.

Effectif : 7.700 (Israël, Palestine, Jordanie)

  • Patriarche arménien de Constantinople (résidence : Istanbul, Turquie) :  Mesrob Mutafyan (1956, élu en 1998)

Effectif : 65.000 (Turquie, pratiquement seulement à Istanbul)

  • Catholicos des Arméniens de la Grande Maison de Cilicie(résidence: Antélias, Liban) :  Aram Ier Keshishian (1947, élu en 1995).

Effectif : 500.000 (Liban, Syrie, Chypre et Grèce, ainsi qu’une partie de la diaspora provenant de ces pays)

  • L’ancienne Arménie (Turquie orientale actuelle et régions limitrophes de l’ex-URSS et l’Iran) fut la première nation à avoir adopté officiellement le christianisme. Le petit royaume d’Arménie est crée en Cilicie, après l’annexion par l’empire byzantine d’abord (XIième) et les Seldjoukides ensuite. Ce royaume disparu au XIVième et l’Arménie ne disposa pas d’Etat jusqu’à la naissance de la République arménienne en 1991.

II. Les Eglises orthodoxes byzantines (« Grecs orthodoxes »)

Elles regroupent les chrétiens (arabes) des patriarcats d’Antioche, d’Alexandrie et de Jérusalem fidèles au concile de Chalcédoine de 451. Ils forment la majorité des chrétiens en Jordanie et en Syrie et on les retrouve également au Liban, en Israël, dans les territoires palestiniens ainsi qu’au Koweït.

1. Patriarcat d’Alexandrie

Patriarche d’Alexandrie et de toute l’Afrique (siège: Alexandrie, Egypte) :  Petros VII  (1949, élu en 1997)

Effectif: 250.000

Ils sont bientôt désignés melkites, en référence à sa loyauté vers l’empereur byzantine (du syriaque malkâ, «roi»). Le Patriarche résida à Istanbul dès la conquête turque d’Egypte (1517) jusqu’au XIXième siècle.

Actuellement, cette communauté est composé majoritairement des descendants de grecs et orthodoxes du Moyen-Orient immigrés en Egypte au siècle XIXième.

Depuis 1930, cette église a envoyé des missions en Afrique orientale. Presque la moitié de ses fidèles seraient des Africains convertis par ces missions.

2. Patriarcat d’Antioche

Patriarche Grec-Orthodoxe d’Antioche et de tout l’Orient (siège: Damas, Syrie) :  Ignace IV Hazim (1920, élu en 1979)

Effectif: 1.200.000 (Liban, Syrie, Irak, Etats-Unis, Canada, Australie, Europe occidentale)

Le siège du Patriarche fut  transféré à Damas après la destruction d’Antioche par les Mongols en 1322. Tandis que pendant les VIIIième et XIXième les autorités ecclésiastiques furent majoritairement hellènes, depuis le XXième siècle la hiérarchie de cette Eglise s’est arabisée. Cette communauté est largement représentée dans la diaspora.

3. Patriarcat de Jérusalem

Patriarche Grec-Orthodoxe de Jérusalem (siège: Jérusalem):  Ireneos I (élu en 2001).

Effectif: 260.000 (Palestine et Jordanie)

Ce Patriarcat fut établie en 451, après l’adhésion de la majorité des chrétiens de Palestine. Le haut clergé reste quasi exclusivement composé de citoyens helléniques tandis que les fidèles sont arabophones (palestiniens et jordaniens).

Au nombre des fidèles de ces trois patriarcats, il faut ajouter les quelque 6 millions de Grecs-orthodoxes (arabes) originaires des pays arabes vivant en diaspora (surtout Etats-Unis, Canada, Australie et Europe).

4. Monastère de Sainte-Catherine du Mont Sinaï

Abbé du Monastère de Sainte-Catherine, Archevêque du Sinaï, de Pharan et de Raitho (siège: monastère Ste-Catherine, Egypte): l’archevêque Damianos (1935, élu en 1973)

Effectif: 900 (dont une vingtaine de moines)

Enfin le monastère de Sainte-Catherine du Mont Sinaï, construit à l’époque byzantine à l’endroit présumé où Moïse reçut les Tables de la Loi, est considéré depuis 1575 comme une Eglise orthodoxe autocéphale. L’abbé élu par les moines est consacré archevêque par le Patriarche de Jérusalem. Quelque familles bédouines du Mont Sinaï dépendent également du monastère.

III. Les Eglises catholiques

Les chrétiens rattachés à l’Eglise romaine et au Pape sont minoritaires en Orient par rapport aux Eglises orthodoxes, sauf au Liban (les maronites représentent 70 % des chrétiens) et en Irak (80 % des chrétiens).

1. L’Eglise Maronite

Patriarche d’Antioche et de tout l’Orient des Maronites (résidence: Bkerké, siège : Dimane, Liban): Nasrallah Cardinal Sfeir (1920, élu en 1986)

Effectif: 2.800.000 (deux tiers en diaspora)

Les maronites sont répartis essentiellement au Liban avec une diaspora très importante de près de la moitié des fidèles. Créée à partir du couvent de Saint Maron (Apamée, Syrie), une petite communauté monastique syrienne s’installe au Vième siècle dans la montagne libanaise pour fuir l’hostilité des monophysites. Les Croisades permettent aux maronites de sceller leur union avec Rome (1182). L’Eglise maronite est la seule Eglise orientale catholique qui n’est pas issue d’une dissidence d’une Eglise orthodoxe). En 1860, lors de massacres de maronites, ceux-ci feront appel au Pape pour qu’il intervienne mais c’est la France qui répondra et obligera l’Empire ottoman à reconnaître l’autonomie du pays. Le système politique confessionnel libanais débouchera sur deux guerres civiles sanglantes (1958 et 1975-1989) qui aboutiront aux accords de Taëf (1989). Ces accords, ont réduit les pouvoirs du Président (chrétien maronite) au profit de ceux du Premier ministre (musulman sunnite) et du Président de l’assemblée parlementaire (musulman chiite). L’Eglise, la hiérarchie religieuse et les ordres monastiques jouent un grand rôle à la fois économique et politique.

2. L’Eglise grecque-catholique ou melkite

Cet église naît en 1724 de la scission de l’Eglise melkite qui regroupait les chrétiens de rite byzantin des patriarcats d’Antioche, d’Alexandrie et de Jérusalem fidèles au concile de Chalcédoine, lorsqu’un catholique fut élu patriarche d’Antioche par les chrétiens de Damas. On trouve des melkites dans tous les pays du Proche et Moyen-Orient, ils sont majoritaires parmi les catholiques en Syrie et en Israël.

Patriarche grec-melkite catholique d’Antioche et de tout l’Orient, d’Alexandrie et de Jérusalem (siège: Damas, Syrie, depuis la cession d’Antioche par la France à la Turquie): Grégoire III Lahham (1933, élu en 2000)

Effectif: 2.000.000 (dont deux tiers en diaspora, 900.000 au Brésil)

3.  L’Eglise chaldéenne catholique

L’église chaldéenne est répartie surtout en Irak où elle majoritaire parmi les chrétiens (87% des 80% de catholiques). Dès le XIIIième siècle, sous l’impulsion de missionnaires dominicains et franciscains, de nombreux évêques assyriens se convertissent au catholicisme. Au fil du temps, l’Eglise chaldéenne (ainsi nommée depuis 1830) attire une majorité d’Assyriens. Les Chaldéens ont eu à souffrir de nombreuses persécutions qui firent des dizaines de milliers de victimes à la fin de la Première Guerre Mondiale en Turquie.

Patriarche chaldéen de Babylone (siège: Bagdad, Irak): Emmanuel III (Emmanuel-Karim DELLY) (1927, élu le 3 décembre 2003).

Effectif: 650.000 (dont 550.000 en Irak, la diaspora et principalement répartie en France, Suède, Etats Unis et Australie)

4. L’Eglise copte catholique

Elle regroupe la grande majorité des catholiques d’Egypte (77% des 2,5% de catholiques du pays). La naissance d’une Eglise copte catholique ne s’est concrétisée qu’après les missions de capucins et franciscains en Egypte au XVIIième siècle. En 1895, le vicariat apostolique devient patriarcat.

Patriarche copte d’Alexandrie (siège: Le Caire, Egypte): Stephanos II Ghattas (1920, élu en 1986)

Effectif: 200.000

5. L’Eglise arménienne catholique

Cette église, devenue catholique pendant les Croisades et ralliée à Rome depuis 1635 quand elle est constituée en patriarcat. Le génocide arménien de 1915 perpétré par les Turcs toucha également les catholiques.

Patriarche arménien de Cilicie (siège: Beyrouth, Liban): Nersès Pierre XIX (1940, élu en 1999)

Effectif: 60.000 plus 100.000 en diaspora (Etats Unis, Canada, Europe, Australie, Argentine, etc)

6. L’Eglise syrienne catholique

Cette Eglise, établie en patriarcat depuis 1783 et reconnue par le Pape Pie VI (des tentatives antérieures eurent lieu dès 1656), ne représente que 12 % des catholiques de Syrie. Elle a aussi souffert des massacres perpétrés en Turquie contre les chrétiens à la fin de la Première Guerre Mondiale.

Patriarche d’Antioche des Syriens (siège: Beyrouth, Liban): Ignace Pierre VIII Abdel Ahad (1930, élu en 1998)

Effectif: 100.000

7. L’Eglise catholique de rite latin

Le Patriarcat latin, instauré en 1847, englobe sous sa juridiction la Terre Sainte, le Liban, Chypre et la Jordanie (où ils constituent la majorité des catholiques). Le processus d’arabisation du patriarcat a été couronné en 1987 par l’élection d’un patriarche palestinien.

Patriarche latin de Jérusalem (siège : Jérusalem) : SB Mgr Michel Sabbagh (1933, élu en 1987)

Effectif: 85.000

IV. Eglises protestantes

Les Eglises protestantes au Proche Orient n’ont pas leurs origines dans la région. Elles se sont répandues surtout à partir du XIXième avec l’installation des missionnaires européens et américains. Onze des ces Eglises font partie du Conseil des Eglises du Moyen Orient.

Notes :

(1) Le Concile d’Ephèse, 431, a défini l’unité de la personne du Christ – contre les enseignements du Patriarche de Constantinople Nestorius – et a affirmé la dualité du Christ, Dieu et homme, en une seule personne.

Le Concile de Chalcédoine, 451, a défini que le Christ a deux natures, humaine et divine. Plusieurs églises apostoliques ont refusé d’accepter la doctrine telle qu’elle a été formulée en grec par ce concile. Elles ont été souvent qualifiées de «monophysites» – appellation qu’elles-mêmes rejettent – car elles gardent l’expression «une nature» pour définir le Christ.

Voir également:

  • Chrétiens (dans le monde arabe)
  • Dossier Spécial MEDEA Num 9: Chrétiens dans le monde arabe