Wahhabisme

Apparu au 18ème siècle en réaction à la domination turque et à l’influence des puissances européennes, le wahhabisme s’est imposé en tant que doctrine religieuse dominante dans presque toute la Péninsule arabique.

Son fondateur, Mohamed ibn Abd Al Wahhab est né en 1703 près de Riyadh. Théologien formé à l’école juridique hanbalite – la plus dogmatique et la plus rigoriste des quatre écoles juridiques d’interprétation de l’islam sunnite – , il a commencé à prêcher vers 1740 un Islam particulièrement intransigeant basé sur une interprétation littérale du Coran. A la différence des trois autres écoles juridiques sunnites, les wahhabites ne reconnaissent que le Coran et la Sunna (tradition du prophète) comme sources du droit. Le Kitab al-Tawhid ou  » Traité de l’unicité divine  » de Abd Al Wahhab peut ainsi être considéré comme l’ouvrage de référence de la théologie wahhabite. Se heurtant aux coutumes de ses contemporains (culte des saints, …) ainsi qu’aux musulmans chiites, Abd Al Wahhab est contraint à l’exil et trouve protection auprès d’un émir local, Mohammad Al Saud, qui adopte ensuite la doctrine wahhabite. En 1744, Abd Al Wahhab et la famille des Al Saud concluent un pacte politico-religieux scellé par un mariage, qui constitue le socle idéologique et politique de l’actuel royaume d’Arabie Saoudite.

Le mouvement wahhabite devient très puissant, au point que ses disciples réussissent à s’emparer des villes de Najaf et Kerbala en Irak, de Damas en Syrie ainsi que de La Mecque et Medine dans le Hedjaz. Ils sont cependant battus en 1818 par l’armée égypto-ottomane de Muhammad Ali, pour le compte de la Sublime Porte. Ainsi, les villes Saintes reviennent sous l’autorité d’Istanbul.

Entre-temps, la dynastie des Saoud et le mouvement wahhabite avaient pris le contrôle des territoires de l’intérieur de l’Arabie. Brièvement écartés du pouvoir et mis en exil par une famille rivale, les Rashidi, ils reviennent en force en 1901 sous la direction de Abd Al Aziz Ibn Abd Ar Rahman, dit Ibn Saoud, et reconquièrent le Nejd ainsi que les Villes Saintes de La Mecque et Médine (arrachées aux 89′>Hachémites en 1926). Ils créent ensuite en 1932 le Royaume d’Arabie Saoudite.

S’appuyant sur des missions de prédicateurs-guerriers, les « Ikhwans » (« Frères », en arabe) le wahhabisme s’est répandu sur tout le territoire contrôlé par les Saoudiens et est devenu une organisation influente et incontrôlable qu’Ibn Saoud dût finalement écraser.

Le hanbalisme a cependant conservé son statut d’école juridique officielle du royaume d’Arabie Saoudite. Ainsi, les oulémas hanbalites sont appelés à se prononcer sur presque toutes les affaires du royaume: justice, éducation, économie, etc. Strictement divisée entre le monde des hommes et celui des femmes, la société saoudienne est régie par les oulémas qui imposent à tous les Saoudiens de respecter scrupuleusement ces prescriptions.

Toutefois, les membres de la famille royale et les oulémas s’opposent parfois sur certains sujets sensibles. Certains oulémas n’ont ainsi pas hésité à dénoncer une certaine corruption morale et politique au sein de la famille dirigeante, ainsi que les liens étroits qu’entretient cette dernière avec les Etats-Unis. Dans ce contexte, la guerre menée par les Etats-Unis contre le régime des Talibans en Afghanistan (soutenus par l’Arabie Saoudite) suite aux attentats perpétrés le 11 septembre 2001, a exacerbé les tensions entre les wahhabites les plus radicaux et le clan des Al Saoud, et souligné les contradictions flagrantes de la politique extérieure saoudienne. Un théologien wahhabite influent est même allé jusqu’à prononcer une fatwa à l’encontre des Al Saoud en les excommuniant de l’Oumma (communauté des croyants en Islam) et en déclarant que  » quiconque soutiendrait une guerre menée par des infidèles contre des musulmans serait lui-même considéré comme un infidèle « .

L’exportation du wahhabisme

Depuis les années soixante, la famille royale saoudienne et ses alliés wahhabites s’emploient à une politique active de prosélytisme international, propageant la conception wahhabite de l’Islam au delà des frontières du royaume. Grâce aux importantes ressources financières dont elle dispose, l’Arabie saoudite entend favoriser une islamisation, selon la conception wahhabite, d’Etats tels que le Pakistan et le Soudan. Ainsi, l’Arabie Saoudite a financé directement la création et le développement de mouvements islamistes radicaux poussant parallèlement certains mouvements islamistes à une radicalisation dogmatique et politique. Du Daghestan à l’Algérie en passant par l’Afghanistan, de nombreux groupes islamistes ont pu bénéficier des largesses saoudiennes, ce qui ne veut pas dire que tous les groupes qui ont reçu des financements du royaume saoudien se réclament de la tendance wahhabite ou que ceux qui ont effectivement adopté les préceptes du wahhabisme sont des mouvements importants ou influents dans les sphères religieuses et politiques des Etats musulmans.