Al Jazira

Première chaîne d’information arabe en continu, Al-Jazira qui signifie -« Péninsule, île » en arabe- a commencé ses émissions pour la première fois en novembre 1996, depuis Doha, capitale de l’Emirat de Qatar.

Les origines de la chaîne par satellite remontent aux émissions transmises en arabe au Moyen Orient par la chaîne anglaise BBC dans les années 1990, grâce à un accord de coopération avec une société saoudienne de transmission par satellite, Orbit. Cette coopération fut suspendue en 1996 suite à une émission critiquant le régime saoudien. C’est alors que l’Emir du Qatar, le Cheikh Hamad Ibn Khalifa Al Thani, offrit une somme de 150 millions de dollars répartie sur une période de 5 ans pour lancer une chaîne d’information libre et indépendante. Cette nouvelle chaîne attira certains anciens employés de la BBC et, bien que financée partiellement par l’Emir, constitua une société de droit privé.

L’équipe de la nouvelle chaîne compte 350 personnes dont 50 journalistes, originaires de tous les pays arabes. La chaîne dispose de 35 bureaux extérieurs. Depuis sa création, Al-Jazira a abordé une série de sujets tabous dans le monde arabe tels que l’absence d’institutions démocratiques ou la persécution des dissidents politiques. L’émission hebdomadaire « Direction opposée » (Al ittijah al-mu’akis), par exemple, sert de forum où des dissidents politiques peuvent régulièrement parfois de façon cacophonique s’exprimer librement, cette émission aux relents sensationalistes a valu au Qatar des plaintes officielles de presque tous les pays arabes.

Al-Jazira n’est connu que depuis peu en Occident, mais elle était déjà devenue célèbre dans le monde arabe dès 1998 en couvrant depuis l’Irak l’opération américaine « Renard du Désert ». Sa popularité s’est consolidée grâce aux moyens mis en œuvre pour couvrir la deuxième Intifada, diffusant aussi bien des interviews du Cheikh Hassan Nasrallah, leader du Hezbollah libanais, que de Ehud Barak, l’ancien premier ministre israélien (il faut noter cependant que sous la pression de la rue arabe, Al-Jazira a renoncé à donner la parole aux officiels israélien). Pour de nombreux arabes, Al-Jazira est à l’Intifada ce que CNN était pour la Guerre du Golfe.

En janvier 2001, Al-Jazira a retransmit des images exclusives de Ben Laden assistant au mariage de son fils. Elle a également filmé la destruction des statues de Boudhas à Bamiyan et continue d’exercer un monopole en étant la seule chaîne d’information à opérer en Afghansitan depuis les attaques américaines, avec un correspondant à Kaboul et un envoyé spécial à Qandahar. Al-Jazira a sucité la colère des autorités américaines en offrant une tribune aux Taliban et à Osama Bin Laden. Les Etats-Unis craignent en effet que la chaîne qatari contribue à radicaliser l’opinion publique arabe et ont exigé des autorités du Qatar qu’elles fassent pression sur Al-Jazira pour qu’elle change le contenu et le ton de sa couverture des événements d’Afghanistan.

On estime que près de 40 millions d’arabes et de musulmans regardent Al-Jazira chaque jour. Ainsi, près de la moitié des palestiniens regardent Al-Jazira. Cela est sans doute dû au fait que les télévisions palestiniennes sont moins professionnelles car elles manquent de moyens et sont contrôlées par l’Autorité palestinienne.

Dans sa couverture du conflit irakien, Al-Jazira pourrait être comparée à Fox News aux Etats-Unis, c’est-à-dire une information qui semble être assez sensationnaliste. Il semble également que la manière dont est présentée cette information choquerait en Occident. La chaîne qatarie a par exemple choqué en diffusant des vidéos de prisonniers capturés terrorisés ou pire, des décapitations d’otages.

Alors qu’elle critiquait les dirigeants arabes de manière assez virulente à ces débuts, elle a peu à peu changé d’attitude avec la radicalisation de l’Intifada en devenant pro-arabe, ce qui est, semblerait-il, ce que le public demande. On peut remarquer que cette philosophie va a contrario de celle du Qatar, plutôt tourné vers l’Occident. Mais il faut nuancer les critiques faites à Al-Jazira. La chaîne qatarie a en effet apporté un vent de modernité en levant certains tabous sur le monde arabe.

Evidemment, son succès suscite des réactions et d’autres pays essayent de la contrer en créant d’autres chaînes. Par exemple Al-Arabiya, à Dubaï, ou encore Abou Dhabi TV. Les Etats-Unis ont également lancé une chaîne de télévision arabophone par satellite, Free TV (Al-Hura).

Il est à noter que toutes ces chaînes auront permis au monde arabe de se hisser dans les hautes sphères du monde de l’audiovisuel.