Annapolis : résultats de la conférence

Contredisant les prévisions pessimistes dont elle était l’objet, la conférence d’Annapolis a effectivement initié une nouvelle phase du processus de paix isrélo-palestinien, voire israélo-arabe. Israéliens et Palestiniens se sont engagés à oeuvrer ensemble pour la paix. Quant aux Etats-Unis, ils ont promis un soutien permanent aux négociations. Pourtant cet optimisme généralisé semble faire l’impasse sur les nombreux obstacles qui attendent les négociateurs.

Résultats positifs

Au terme de la conférence du mardi 27 novembre à Annapolis, Israéliens et Palestiniens se sont mis d’accord sur la relance du processus de paix. Les pourparlers débuteront le mercredi 12 décembre par la réunion du Comité de Coordination. Les négociations se poursuivront ensuite au sein de comités bilatéraux qui aborderont les aspects particuliers des négociations (Jérusalem, réfugiés, frontière, colonies…).

Le processus sera chapeauté par la Ministre des Affaires Etrangères israéliennes Tzipi Livni, et par l’ancien Premier Ministre de l’Autorité Palestinienne Ahmed Qorei. Ehud Olmert et Mahmoud Abbas se réuniront quant à eux toutes les deux semaines.

En Israël, un nouvelle administration sera créée avant le 12 décembre afin de soutenir logistiquement les négociateurs. Du côté palestinien, un Département des négociations existe déjà au sein de l’OLP. Or c’est cette organisation, et non l’AP qui négocie au nom de l’ensemble des Palestiniens.

Les Etats-Unis eux aussi s’engagent dans le processus. G.W. Bush a déclaré vouloir s’impliquer lui-même pour permettre sa réussite. Condoleeza Rice a nommé le général James L. Jones afin de veiller sur place au respect des mesures prises dans le cadre des négociations.

Enfin, il faut noter que la Syrie a elle aussi exprimé sa satisfaction à l’issue de la conférence, bien qu’aucune mesure n’ai été prise avec Israël au sujet du Golan. La Russie a par contre annoncé qu’elle organiserait une future conférence qui traitera en priorité de ce problème, ainsi que de la question libanaise.

Annapolis a par ailleurs le mérite de regrouper pour la première fois l’ensemble des dirigeants arabes autour de la table. Leurs relations avec Israël n’en sont pas pour autant normalisées. Si on s’en tient à l’Initiative de Paix Arabe, celle-ci ne surviendra qu’en cas de restitution par Israël de tous les territoires arabes pris depuis 1967.

Mais à coté de cet optimisme ambiant au sortir de la conférence, de nombreuses ombres planent au-dessus des futures négociations. Pour simplifier, il est possible de diviser les obstacles en deux groupes dépendant de leur occurence dans le temps.

Problèmes conjoncturels

Même si certains prétendent le contraire, la conjoncture actuelle n’est pas favorable à la conclusion d’un traité de paix.

Tout d’abord les Etats-Unis, parrain de la conférence, voient leur crédibilité internationale baisser de plus en plus, et en particulier au Moyen-Orient. L’administration Bush ne dispose plus que d’un an pour régler trois situations délicates pour elle dans la région.

Premièrement, les forces américaines sont toujours embourbées en Irak. La situation ne s’y améliore pas. Le mieux à espérer pour l’année prochaine est une baisse du niveau de violence. Deuxièmement, Washington a pour objectif de venir à bout des velléités nucléaires iraniennes. Troisièmement et enfin, la Maison Blanche s’est engagée maintenant dans une enième tentative de paix israélo-palestinienne. Un succès dans les trois domaines étant difficilement envisageable, on peut se demander quelles seront les priorités américaines en 2008.

Ensuite les situations politiques internes, aussi bien en Israël que dans les Territoires Palestiniens, ne sont pas favorables à l’instauration de la paix.

En Israël, le gouvernement d’Ehud Olmert n’a plus beaucoup de légitimité du fait de sa mauvaise gestion de la guerre contre le Liban en 2006 et de quelques affaires de corruption. De plus les colons radicaux s’opposent violemment à toute tentative de paix avec les Palestiniens.

La situation n’est pas plus stable du côté palestinien où l’AP dirigée par Mahmoud Abbas ne gouverne plus que la Cisjordanie. Le Hamas a en effet proclamé la sécession de la bande de Gaza en juin 2007. Mais les opposants à la conférence de paix ne se situent pas seulement dans la bande de Gaza; de nombreuses manifestations de partisans du Hamas ou du Parti de la Libération islamique ont été étouffées par les forces de l’ordre de l’AP. En cas d’échec des négociations, la crédibilité du Fatah sortira-t-elle intacte?

La période ne semble donc pas propice, mais ces obstacles sont néanmoins surmontables en cas de réussite des négociations. Il faut en outre rappeler que le délai imparti n’est pas long pour parvenir à un accord: les négociateurs se sont fixés la fin 2008 comme date butoir.

Problèmes récurrents

Depuis les accords de Camp David de 1978, de nombreuses tentatives de paix ont été enclenchées, mais aucune n’a aboutit. En 2003, la Quartet (Nations-Unies, Etats-Unis, UE et Russie) met en place « la Feuille de Route ». Celle-ci prévoit la création d’un Etat palestinien en un délai de 3 ans.

Or la conférence d’Annapolis reste dans le cadre de l’application de la Feuille de Route. L’objectif est également de venir à bout de tous les problèmes israélo-palestiniens et cela sans tabou. Les négociateurs devront donc trouver un accord concernant le statut de Jérusalem, le retour des réfugiés, le tracé des frontières, le démantèlement des colonies, l’accès à l’eau ou encore la coopération économique.

Il faut souligner que durant les préparatifs d’Annapolis, les dirigeants des deux camps ne sont pas parvenus à s’accorder sur une base de négociation commune. La possibilité de trouver des compromis sur ces questions clés semble donc limitée.