Fatah

Acronyme inversé de Harakat al-Tahrir al-Watani al-Filastiniyya, « le mouvement de libération nationale palestinien ». Fatah signifie « conquête », alors que le mot correspondant à l’abréviation normale, Hataf, eût signifié « mort ».

Principale organisation palestinienne, centriste, fondée au Koweït en 1957 et se définissant dès le départ comme nationaliste palestinienne par opposition aux nationalistes arabes. Elle rassembla d’emblée des palestiniens des camps aussi bien que de la diaspora du Golfe. On retrouve parmi ses fondateurs Yasser Arafat, Khaled Al-Hassan (1), Farouk Kaddoumi (2) et Khalil Wazzir (3). Le Fatah est un parti laïc et religieusement neutre en dépit du fait que la totalité de ses representants soient musulmans.

Le Fatah ignora la création de l’OLP en 1964, se concentrant sur la préparation de la lutte armée contre Israël qu’il commença en 1965. Ce n’est qu’après la défaite arabe de 1967 qu’il rejoignit l’OLP avec les autres groupes de guerilla, et que son porte-parole, Yasser Arafat, fut élu à la tête de la centrale palestinienne. Suite à l’invasion du Liban par Israël en 1982 , le Fatah traverse une crise interne due à des désaccords quant à la politique de dialogue d’Arafat. Ces différends déboucheront sur une scission et la création du mouvement Fatah al Islam.

Aujourd’hui, le Fatah fût longtemps le plus important groupe politique au sein de l’OLP, avec plus d’un tiers des sièges de ces groupes au sein du Conseil National Palestinien (CNP). Depuis les accords d’Oslo, le Fatah est le principal pilier de l’Autorité palestinienne établie dans les portions de territoires d’où s’est redéployée l’armée israélienne.

Les leaders locaux du Fatah, devant le piétinement du processus de paix et une certaine incurie de l’AP, ont progressivement renoué avec un discours d’opposition, sans pour autant rompre avec Yasser Arafat, ni remettre en cause son leadership. C’est en Cisjordanie que le Fatah est le plus autonome, sous la direction de Marwan Barghouti (élu au Conseil Législatif Palestinien en janvier 1996), lequel fut un des premiers politiciens locaux à demander un moratoire sur les accords d’Oslo et une enquête indépendante sur la gestion financière de l’AP. En septembre 2001, Marwan Barghouti fait l’objet d’un mandat d’arrêt de la part de la justice israélienne, en 2005, il annonce de sa prison qu’il a formé un nouveau parti : Al Mustaqbal principalement composé de membres de la jeune garde du Fatah. Le Fatah semble alors avoir désepérement besoin de réformes.

Yasser Arafat meurt en 2004, Farouk Kaddoumi est élu à la tête du parti.

Avec le déclenchement de l’Intifada El Aqsa, les sections locales du Fatah ont de plus en plus coordonné leur action avec les autres mouvements palestiniens, y compris le Hamas, au grand dam de l’AP. Quoiqu’il en soit, cette reprise de l’Intifada a clairement joué en la défaveur du Fatah et au profit du Hamas qui gagne les élections municipales de 2005 et les élections législatives palestiennes de 2006 ; c’est la première fois que le Fatah perd le pouvoir. La tête de liste du parti vainqueur, Ismail Haniyeh se dit prêt à travailler avec le Fatah.

Suite à la victoire du Hamas, la communauté internationale refuse son aide et Israël lance de nombreuses incursions dans les territoires palestiniens. Les négociations entre les deux factions palestiniennes n’aboutissent pas, ce qui pousse Mahmoud Abbas à menacer de provoquer des élections législatives anticipées. Or cette compétence n’appartient qu’au Conseil Législatif selon la Loi Fondamentale palestinienne. Le Hamas s’y oppose, et les deux partis conviennent d’un accord sur un gouvernement d’union nationale palestinien.

Malgré ces efforts, Hamas et Fatah vont se séparer à la suite d’une guerre civile en juin 2007 à l’issue de laquelle le Hamas prend le contrôle de Gaza. Mahmoud Abbas entreprend aussitôt de limoger Ismaïl Haniyeh nommant à sa place Salam Fayyad. Ce faisant, le président de l’Autorité palestinienne a ignoré la Loi Fondamentale qui impose que le Premier Ministre doit être remplacé par un membre de la majorité parlementaire, ce qui n’est pas le cas de Fayyad et conduit à des distorsions internes au Fatah.

Depuis lors, de nombreuses tentatives ont été lancées pour réconcilier les deux mouvements, sans succès. Les nombreuses sessions de discussions, initiées en mars 2009 au Caire n’ont pas encore porté de fruits.

Le 4 août 2009 s’est ouvert le sixième Congrès, le premier depuis celui qui s’était tenu à Tunis en 1989. Marqué par une résurgence des dissensions entre Jeune Garde et establishment, et entre Palestiniens des territoires et Palestiniens de l’exil, le Congrès n’a pas eu de portée révolutionnaire. Mahmoud Abbas y a été réélu à la majorité, tandis que la nouvelle génération obtenait une place plus importante dans le parti. L’élection de Marwan Barghouti à l’un des 23 sièges du Comité Central fut l’un des faits les plus médiatisés de ce Congrès. Sur le plan de la ligne stratégique, les membres présents ont décidé de ne revenir à la table des négociations que si Israël accepte une série de 14 préconditions dont la libération de prisonniers politiques, le gel de la colonisation et la levée du blocus sur la Bande de Gaza.