Frères Musulmans

Le mouvement des Frères musulmans (Al-Ikhwan Al-Muslimun) est le premier mouvement politico-religieux apparu dans le monde arabe. Créée en 1928 par l’égyptien Hassan Al Banna, son objectif premier est de se battre contre la Constitution laïque égyptienne de 1923 en obtenant la création d’une société islamique sur le modèle mis en place dans la péninsule arabique par les Wahhabites. Les Frères Musulmans prônaient alors le retour aux valeurs fondamentales de l’Islam tout en luttant contre le gouvernement du roi Farouk. Après la défaite de l’Egypte et des autres Etats arabes face à Israël en 1948, ils entrent en révolte ouverte contre le régime et participent à la révolution qui conduit à l’avènement de Nasser. Nationalistes voulant moderniser l’Égypte selon un modèle socialiste, ce dernier entrera rapidement en conflit avec les Frères Musulmans qui, après une tentative d’assassinat, sont contraints à la clandestinité ou à l’exil, principalement en Arabie Saoudite. Le changement d’attitude du président Sadate, successeur de Nasser, qui se distancie de l’URSS et favorise une réislamisation de l’Etat en vue de contrer les forces d’opposition de gauche, a entraîné une semi officialisation de l’organisation. C’est notamment durant cette période, dans les années 1970, que la direction de la confrérie renonce officiellement à l’action violente. Le président Sadate sera assassiné par un membre du Jihad Islamique, Khaled al-Islambuli, en 1981 après la signature de l’accord de paix avec Israël qui mit l’Égypte au ban de la Ligue Arabe (1977). En 1984 le pouvoir égyptien reconnaît les Frères en tant qu’organisation religieuse mais les refuse en tant que parti politique. Ce statut perdure encore aujourd’hui : ils sont tolérés, sans être formellement autorisés.

Les cotisations des membres ainsi que les dons permettent à la confrérie de disposer de moyens financiers non négligeables. Le volet caritatif de son action s’appuie sur les carences du gouvernement en matière d’enseignement et de santé. En effet, à mesure que l’Etat égyptien se désengage, cédant le pas au secteur privé, le soutien des Frères Musulmans devient de plus en plus indispensable pour la population. Surtout présent au Caire, à Alexandrie et dans les villes du Delta, la confrérie s’est solidement infiltrée dans les syndicats et dans les institutions tant de la société civile que de l’Etat. Leur message est en phase avec les évolutions et les aspirations de la société égyptienne : retour aux valeurs islamiques, rejet du régime et surtout de sa corruption. Sur le plan économique, les Frères sont des tenants du libéralisme. Ils dénoncent les excès de la bureaucratie et sont partisans d’une moindre implication de l’Etat. En politique étrangère, ils sont en désaccord total face à la ligne officielle concernant la politique régionale, le soutien aux Palestiniens et le refus de la normalisation avec Israël. A la veille des élections de 2005, leurs revendications ont rejoint celles de toute l’opposition : levée de l’état d’urgence, libération des prisonniers politiques et extension des libertés publiques.

A l’heure actuelle ils forment le principal mouvement d’opposition. Profitant d’un certain relâchement de la part du gouvernement suite aux pressions américaines dans le cadre de leur grand projet de démocratisation du Moyen-Orient, ils arrivent à faire élire 88 députés sur 454 à l’Assemblée du peuple lors des élection de 2005 en présentant leurs candidats comme indépendants puisque le mouvement reste illégal en politique. Cette victoire pour les Frères Musulmans a eu 2 conséquences majeures. Tout d’abord, en matière de communication ils ont opté pour un message moins extrême en abandonnant leur projet d’État théocratique, en se disant respectueux du jeu démocratique et en remplaçant leur slogan « L’islam est la solution », désormais politiquement illégal, par « La réforme est la solution ». L’autre conséquence majeure est une phase de durcissement de la part des autorités à l’encontre des mouvements islamistes. Durant les mois qui ont suivi les élections, environ 900 membres de la confrérie auraient été arrêtés. 87 millions de dollars au total auraient également été confisqué par l’Etat en gelant les avoirs de certains contributeurs, portant ainsi atteinte à l’action sociale des Frères si populaire dans le pays. Depuis les amendements de la constitution de mars 2007, il est interdit de former un parti politique sur une base religieuse, ce qui anéantit tout espoir pour les Frères de légaliser leurs activités politiques. Ce durcissement ce fait sans réaction de la part des Occidentaux, peu tentés par la perspective de voir s’établir un régime islamiste en Egypte, surtout après l’exemple qu’offre la victoire du Hamas en Palestine.

Cependant, les Frères Musulmans ne semblent pas être tout à fait prêts à prendre le pouvoir. Bien que le mouvement d’intégration au jeu politique ait débuté dans les années 1980 et qu’il est soutenu par la plupart des jeunes membres de la confrérie, l’idée dominante parmi les meneurs des Frères (surtout parmi les anciens, plus conservateurs) est que la société n’est pas encore assez islamisée pour que le mouvement fasse passer ses priorités de la prédication à l’action politique pure et simple. En effet, la répression subie par la confrérie au lendemain des élections de 2005 à eu pour effet la création d’une fracture au sein du mouvement entre les partisans de la ligne politique face aux tenants d’une ligne plus traditionnelle, qui estiment que la mission est avant tout spirituelle, qu’il convient de se recentrer sur l’encadrement de la société via les activités caritatives et sur la prédication (dawa). A l’heure actuelle, la majeure partie des égyptiens qui supportent politiquement les Frères Musulmans le fait par opposition au gouvernement, et non pas dans l’espoir de voir un jour l’établissement d’un régime islamique en Egypte. Leur récente ascension est moins le fruit de convictions profondes de la part du peuple égyptien qu’un vote protestataire contre un gouvernement qui ne satisfait personne.

Par ailleurs, les Frères Musulmans ont essaimé très tôt dans de nombreux pays arabes et connaissent à l’heure actuelle un succès particulièrement important en Jordanie , en Palestine et en Syrie.

Bien que leur branche jordanienne assassina le roi Abdallah de Jordanie à Jérusalem en 1952, ils sont maintenant autorisés à participer officiellement à la vie politique du pays sous le nom du Front Islamique d’Action. Ils présentèrent pour la première fois des candidats aux élections législatives de 1989 et remportèrent 20 sièges, en revanche ils refusèrent de participer aux législatives de 1997 afin de protester contre la réforme du mode de scrutin. En 2003, le FIA remporte 20 sièges sur un total de 84.

En Palestine, les Frères Musulmans se développe dans la bande de Gaza ; le Hamas, crée en 1987 est une aile de la confrérie et devient rapidement populaire grâce à ses actions sociales. Aux élections législatives de 2006, le Hamas l’emporte avec 74 sièges.

En Syrie les Frères apparaissent dés les années 1930. La loi d’urgence de 1980 instaure la peine de mort ou la prison à perpétuité pour toute personne membre du mouvement. La confrérie organisa en 1982 une insurrection armée dans la ville de Hama qui fut brutalement écrasée par l’armée. En février 1995, à l’occasion des 25 ans au pouvoir du Président Hafez al-Assad, de nombreux membres des Frères Musulmans furent relaxés tandis que plusieurs dirigeants de l’organisation étaient autorisés à rentrer d’exil. A l’heure actuelle, l’association n’est plus une force politique en Syrie bien qu’appuyée par des réseaux essaimés en Europe. A l’instar de leurs homologues égyptiens, les Frères ont abandonné la violence et tout propos à l’encontre de la démocratie.