Partis politiques kurdes

1. Partis politiques kurdes en Turquie:

Le HaDeP (Le Parti Démocratique du Peuple): parti politique kurde créé en 1994 pour remplacer le parti DeP (dissout par décision de justice). Le HaDeP a pris part aux élections législatives de 1995 et remporté 4,2% des suffrages. Empêché de siéger au parlement parce qu’il n’avait pas atteint le seuil de 10% des votes imposé par la Constitution, il a donné la plupart des voix qu’il avait obtenues au Parti de la Prospérité. Le HaDeP est le seul parti légalement habilité à représenter les intérêts kurdes. Un juge d’Ankara ordonnait malgré tout à la mi-février 1998 l’arrestation des 57 membres de la direction du parti. Alors que neuf de ces membres, dont le président Murat Bozlak, sont toujours en détention, le parti a pris part aux élections municipales et législatives d’avril 1999. Là encore, pour les élections au Parlement, le HaDeP n’a pas atteint le seuil des 10% requis mais, pour les municipales, a remporté la victoire dans de nombreuses villes du sud-ouest du pays (notamment dans les régions d’Agri, Batman, Bingöl, Diyarbakir, Siirt, Van).

Le PKK (le Parti des Travailleurs du Kurdistan): créé en 1978 à une époque où la situation sociale et politique était extrêmement instable en Turquie. Le PKK est une organisation radicale d’obédience marxiste, du moins dans sa réthorique. Il s’est donné pour mission prioritaire de créer un Etat kurde indépendant à l’est de la Turquie où l’immense majorité de la population est kurde et, dans une région où l’économie est ostensiblement sous-développée en comparaison du reste de la Turquie. Le PKK a des représentants politiques – sans statut reconnu – dans la plupart des capitales européennes.

Le PKK a décrété la lutte armée contre le gouvernement dans les zones à population kurde, qualifiant les dirigeants locaux ou membres d’organisations politiques adverses de « collaborateurs », les assassinant parfois. La lutte armée du PKK est devenue au fil du temps un conflit ouvert avec l’Etat turc: dans les années 80, environ la moitié de l’armée turque était stationnée dans les régions kurdes où les autorités turques commençaient à armer des locaux loyaux à l’Etat pour créer une contre-force à l’influence croissante du PKK.

Le PKK contrôlait non seulement militairement mais aussi politiquement et socialement la plupart des régions kurdes vers 1992-93. Il a également établi des bases militaires au nord de l’Irak, prenant avantage de l’absence de pouvoir (power vacuum) laissé par la Guerre du Golfe. Cependant, l’armée turque a commencé à vider et détruire des villages kurdes, forcant ses habitants à fuir vers des régions situées plus à l’ouest, empêchant en cela les milltants kurdes de se cacher parmi la population locale. Dans sa détermination à déraciner le PKK, l’armée turque a initié une série d’incursions dans le nord de l’Irak avec l’aide d’un des principaux mouvements kurdes irakiens, le PDK. Cette guerre a déjà approximativement coûté la vie à 30.000 personnes et semble loin d’être terminée.

A la demande du gouvernement syrien mis sous pression par la Turquie, Abdullah Öcalan, le dirigeant du PKK, a quitté son endroit de résidence en Syrie en octobre 1998. Après avoir essayé vainement d’obtenir l’asile politique en Russie et en Italie, il est finalement enlevé au Kenya et emprisonné en Turquie en février 1999.

2. Partis politiques en Irak:

PDK (Parti Démocratique du Kurdistan) : fondé à (nord-ouest de l’Iran) en 1946 par Moustafa Barzani, une personnalité-clef de la scène politique kurde irakienne depuis le début des années 30. Chassé d’Irak, Barzani a approvisionné le PDK iranien local avec 3.000 hommes: en 1946, la république autonome de Mahabad était proclamée mais était déjà un souvenir en 1947.

Barzani n’a plus fait parler de lui jusqu’en 1958 lorsqu’il est revenu d’exil en Irak. Entretemps, le PDK irakien avaut été monopolisé par le rival de Barzani, Ibrahim Ahmed. En 1960, le PDK était légalisé par les Officiers Libres, alors au pouvoir à Bagdad. Les autorités irakiennes successives (à la différence des autorités turques et iraniennes) ont toujours accordé aux Kurdes irakiens un status ethnique séparé. Cependant, personne n’a réellement voulu permettre la création d’un Kurdistan irakien autonome.

Ce qui s’est ensuivi pendant de nombreuses années fut un jeu de rivalités et de tromperies entre barzani, qui s’appuyait principalement sur ses …tribesmen…, et Ahmed, tous les deux utilisant le PDK comme leur jouet politique et former des alliances périodiques avec les autorités irakiennes et iraniennes l’un contre l’autre. Il n’a donc jamais été clair de savoir où se trouvait le PDK, ni qui le contrôlait.

L’Accord d’Alger de 1975 entre le Chah et Saddam Hussein a été fatal au potentiel militaire de Barzani qui avait, durant 14 ans, été en contrôle des régions nord-est le long de la frontière iranienne (bénéficiant des …supplies.. d’armes iraniennes). Moustafa Barzani est mort en exil, remplacé par son fils Massoud, depuis lors chef du PDK.

UPK (Union patriotique du Kurdistan): fondé en 1976 par Jalal Talabani (beau-fils d’Ibrahim Ahmed, les vieux rival de Barzani dans le PDK).

3. Evolution récente des mouvements kurdes en Irak:

Durant la guerre Iran-Irak, Téhéran a recruté le clan Barzani et le PDK pour aider à combattre le PDK iranien, pendant que l’UPK de Talabani formait une alliance avec Bagdad qui n’a pas duré. En 1987, le PDK et l’UPK ont formé une alliance contre bagdad et, en mars 1988, a permis à l’armée iranienne de rentrer dans les territoires kurdes et de s’emparer de la ville de Halabja que saddam Hussein attaquait immédiatement avec des armes chimiques (tuant selon les estimations plus de 6.000 civils).

Suite à l’invasion irakienne du Koweït, le PDK et l’UPK ont uni à nouveau leurs forces contre Saddam Hussein mais l’armée a déraciné la résistance kurde, forçant plus de deux millions de civils. L’opération « Provide Comfort » a permis à ces réfugiés de rentrer chez eux.

En mai 1992, des élections furent tenues au nord de l’Irak menant à la création d’un parlement et d’un gouvernement régional kurdes. Le PDK et l’UPK ont partagé tous les sièges du nouveau parlement de manière égale et ont déclaré être en faveur du fédéralisme et qu’il respectaient l’intégrité territoriale de l’Irak. Le mois suivant, le PDK et l’UPK rejoignaient les rangs du CNI (Congrès National Irakien).

Leurs efforts pour construire un gouvernement stable dans le nord de l’Irak étaient vains au vu de leur total isolement diplomatique, le manque de fonds et les incursions militaires turques (chassant le PKK). Incapable de contrôler et d’administrer un territoire ravagé, de sept fois la taille du Liban, le gouvernement kurde a laissé les milices du PDK et de l’UPK pour faire respecter la loi et l’ordre.

Les milices se sont détournées des institutions civiles, suivant soit les ordres directs de Barzani ou de Talabani, et ont plongé les Kurdes une fois encore dans une spirale de violence tribale avec le PDK opposé à l’UPK dans une véritable guerre civile.

Barzani contrôle les régions situées le long de la frontière turque (le « Barzaniland ») et a aidé Ankara à mater le PKK en échange d’un soutien logistique, pendant que Talabani, en contrôle des régions situées le long de la frontière iranienne (le « Talabaniland ») a aidé Téhéran à pourchasse les Kurdes iraniens en échange de quelques bombes pour les larger sur le territoire du PDK (aoüt 1996) auxquelles Barzani a fait des représailles avec l’aide de Saddam Hussein.

Le 17 septembre 1998, les dirigeants du PDK et de l’UPK ont finalement signé un accord de réconciliation à Washington, sous les auspices du Secrétaire d’Etat américain Madeleine Albright.