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Dossier Spécial: Chypre, vers le compromis?

De quel modèle belge parle-t-on?

Erdal Güven
Hürriyet, Istanbul ; 14-20 novembre 2002
Le Courrier International, 14-20 novembre 2002

Dès 1963, trois années à peine après sa création, la république de Chypre suffoquait déjà. Un étouffement institutionnel qu'il convient d'attribuer en premier lieu à l'inégalité politique entre les deux communautés. Les décisions gouvernementales se heurtaient à des blocages, notamment parce que les mécanismes qui devaient instituer l'équilibre n'étaient pas respectés. Les Turcs chypriotes ont interprété ces blocages comme la fin de l'égalité politique, et le régime a fini par s'effondrer.

Cette question primordiale de l'égalité entre les deux communautés doit être résolue si l'on veut donner une consistance à l'union que l'on cherche à ressusciter depuis cette date. Théoriquement, la voie à suivre est simple : créer des mécanismes qui garantissent le partage de l'autorité. En clair, il faut s'assurer que les institutions nouvelles peuvent agir de façon unitaire au niveau international, tout en veillant aux intérêts de chacune des deux composantes.

Depuis que Chypre est candidate à l'Union européenne, on évoque de plus en plus la Belgique comme modèle. Le concept n'a rien de nouveau, et Bruxelles semble en effet avoir réussi à faire vivre ensemble ses deux communautés. Cela dit, on doit effectivement l'irruption du "modèle belge" dans le débat politique turc à Recep Tayyip Erdogan. Pour être tout à fait juste, il faut dire que la déclaration du leader de l'AKP, vainqueur des élections du 3 novembre, affirmant que son parti "favorisait le modèle belge pour Chypre", n'a guère eu de retentissement en Turquie, où l'on est encore dans l'excitation postélectorale. A l'inverse, elle a bien évidemment obtenu un large écho à Athènes et dans la partie grecque de Chypre. Car ce qu'évoque le "modèle belge", c'est avant tout une structure fédérale dotée d'un Etat central fort, solution qui est assez proche des thèses grecques. Ankara, au contraire, s'est en effet toujours prononcé pour une structure confédérale avec un Etat central aux pouvoirs réduits.

Il ne faut cependant pas oublier que la Belgique, depuis 1993, n'est plus vraiment un Etat fédéral. Même si la Flandre et la Wallonie ne sont pas deux Etats souverains mais bien deux communautés autonomes, leurs pouvoirs ont été très largement étendus. Cela dit, la simple référence au "modèle belge" a suffi pour que les politiciens grecs sablent le champagne. A Ankara, en revanche, les déclarations d'Erdogan ont inquiété diplomates et bureaucrates. Du coup, le leader de l'AKP a dû faire marche arrière. Mais, sur le fond, ce qui élève la Belgique au rang de modèle est une culture de consensus, aussi bien dans la gestion publique que dans les relations intercommunautaires ou en matière de représentation internationale. C'est précisément cet aspect-là du "modèle belge" qu'il faut chercher à imiter à Chypre.


* Cet article est inclu dans le Dossier Spécial MEDEA Num. 2:
Chypre, vers le compromis?

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