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ERDOGAN, Recep Tayyip

Issu d’une famille originaire de la côte de la Mer Noire (Rize), Recep Tayyip Erdogan est né en 1954 à Kasimpasa, vieux quartier populaire d’Istanbul. Enfant, il vendait des simits (petits pains en anneau) pour compléter les revenus d'une famille pauvre et religieuse. Il entame des études dans un lycée « imam-hatip ». Destiné à former les imams, ce type de lycée est devenu très prisé par les familles plutôt traditionalistes mais ne destinant pas nécessairement leurs enfants à la carrière d’imam. Passionné de football, il envisage même de passer professionnel, mais son père l'en empêche. Inscrit à la faculté d'économie et de commerce à Istanbul, il commence dès 16 ans à militer au sein du « Milli Goörus » (la Voie nationale), l'organisation du leader emblématique et fondateur du mouvement islamique turc moderne Necmettin Erbakan qu’il suit alors dans ses partis successifs et régulièrement interdits (MSP, MNP), puis au Refah (le Parti de la prospérité), créé en 1983 après les interdictions consécutives au coup d’Etat du 12 septembre 1980.

En 1984, Recep Tayyip Erdogan devient ainsi le chef de la section du Refah du district de Beyoglu (Istanbul), avant de devenir en 1985 le responsable du parti pour toute la province d’Istanbul. Il devient membre du comité central en 1986 et se présente aux élections municipales de 1989 où il obtient un score de 8% qui ne lui permet pas, malgré un score en progression, d’être élu, mais quatre ans plus tard, c’est à dire le 27 mars 1994, R. T. Erdogan est élu maire d’Istanbul. Il mène alors une politique sociale très énergique dans les banlieues défavorisées, qui ont voté pour lui, mais s’illustre également par l’adoption de mesures marquées par une approche conservatrice musulmane (par rapport à la consommation d’alcool par exemple) qui contribue à alimenter une méfiance des milieux laïcs à son égard. Le Refah est alors en pleine ascension formant même sous la direction d’Erbakan un gouvernement de coalition après les élections législatives de décembre 1995, qui sous pression de l’armée jette toutefois l’éponge en juin 1997. Dans la foulée d’une répression qui s’abat alors sur la mouvance islamique turque, R. T. Erdogan est condamné en avril 1998 à dix mois de prison pour avoir prononcé un poème de Ziya Gokalp (idéologue nationaliste du début du siècle) considéré comme une incitation à la haine religieuse. Il sort de prison le 24 juillet 1999 et retourne à l’activité politique, bien que privé légalement de la possibilité d’assumer une charge politique, par le biais du Parti de la vertu (FP) qui a succédé au Refah interdit. En juin 2001, le Parti de la vertu est interdit à son tour sur décision de la Cour constitutionnelle. Le conflit latent entre la « vieille garde » (soutenue par Necmettin Erbakan) et les « rénovateurs » (incarnés notamment par Recep T. Erdogan et Abdullah Gül) débouche alors sur une scission du courant islamiste turc qui se divise entre le Parti de la justice et du développement (AKP) et le Parti du Bonheur (Saadet) dirigé officiellement par Recai Kutan et dont Necmettin Erbakan prend ensuite la tête, avant qu’une décision de justice empêche le vieux leader d’assumer cette fonction officiellement.

Recep Tayyip Erdogan passe donc à la tête du Parti de la justice et du développement (AKP), mais il ne peut toutefois pas se présenter aux élections législatives du 3 novembre 2002 sur décision de la haute commission électorale. L’AKP remporte les élections législatives du 3 novembre 2002 avec 34,27% des suffrages exprimés et obtient ainsi une confortable majorité à l’Assemblée nationale. Néanmoins, la constitution interdit à R.T. Erdogan, qui n’a pas pu être élu député, de devenir Premier ministre. La nouvelle assemblée, l’autorise donc à se présenter à l'élection partielle du 9 mars 2003 à Siirt (Sud-Est) où il est élu triomphalement avec 85 % des voix, ce qui lui permet d’être nommé Premier ministre le 10 mars 2003, en remplacement d'Abdullah Gül qui occupait provisoirement le poste depuis novembre 2002, date de la victoire de l'AKP aux législatives, et qui devient, quant à lui, ministre des Affaires étrangères.

Confronté à la crise irakienne et surveillé de près par une armée gardienne de l’orthodoxie jacobine laïque, Recep Tayyip Erdogan donne après une année de pouvoir des gages de modération et de crédibilité aussi bien sur le plan intérieur qu’extérieur et réussit ainsi la mue de son parti issu d’une mouvance islamiste modérée vers la social-démocratie islamique et conservatrice revendiquée sous le label de « conservateur démocrate ».

Voir également:
Turquie
REFAH, Parti de la Prospérité / FAZILET, Parti de la Vertu (Turquie) 
Turquie, partis politiques
Dossier Spécial MEDEA:Turquie, un modèle musulman démocrate?

(mars 2004)

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